Soirée Christian Löffler, Pantha Du Prince, Moomin du 6/09/2014 @ La Machine Du Moulin Rouge.

Christian Löffler, Pantha Du Prince, Moomin @ La Machine Du Moulin Rouge.

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Moomin

Line up :

23h – 1h30 : Warm Up (Jacques Bon)

1h30 – 2h30 : Christian Loëffler 2h30 – 4h : Pantha Du Prince 4h – 6h Moomin

L’idée même du renoncement dans le cadre festif n’est pas évidente, en effet, si au quotidien renoncer est une valeur absolue de la réussite, pourquoi se l’imposer de façon volontaire lorsque rien ne nous y oblige ? C’est là tout le dilemme d’une soirée à La Machine. Lieu pourtant en soit intéressant, le tarif des consommations, le prix d’entrée progressif selon l’horaire d’arrivée, le public trop nombreux, mêlant touristes, pouffes et quelques connaisseurs, font qu’une soirée la bas doit être réfléchie longtemps à l’avance, pesant les pour et les contres avec grande rigueur.

Mais Christian Löffler, Pantha Du Prince et Moomin font partie de ceux qui méritent que l’on fasse abstraction du lieu. Me voilà donc à 23h45 (pour payer le plus petit des tarifs) devant l’entrée du night club prêt à me taper 1h30 de warm up inutile avec quelques amis autour d’une bonne bouteille d’eau pour 3, car le prix de la bière est à dégouter définitivement de l’alcool. C’est ainsi qu’accompagnés par une musique de fond plutôt sympathique, je dois le reconnaitre, nous nous mettions doucement dans l’ambiance.

« D’une complexité infinie, Moomin est la première raison de ma présence à cette soirée, Christian Loëffler par A Forest représente ma deuxième raison »

Ce Warm Up m’aura au moins permis de me rappeler pourquoi j’étais là. Tout d’abord il y a Moomin, la rencontre avec son album « The Story About You » il y a maintenant trois ans aura été déterminante, cet album c’est la mélancolie qui se définit par la musique, plus qu’une claque, il fût l’élément déclencheur de mon amour pour la deep-house. Car Moomin a compris qu’il ne suffit pas de balancer des grosses basses et de saturer un peu le son de temps en temps pour faire danser. Non, écouter sa musique c’est accepter que quelqu’un rentre dans ta tête, et qu’il nous emmène dans une balade, avec des hauts et des bas, des joies et des peurs. D’une complexité infinie, Moomin est la première raison de ma présence à cette soirée. Plus jeune mais pas pour autant plus inintéressant, Christian Löffler m’aura marqué avec son album A Forest, un album organique, aux sonorités qui s’entrechoquent. Plus que les structures mêlant techno, deep house, voire même pop, cet album sort du lot par sa finition. Des cliquetis, des bruits de feuilles, de vent, viennent s’ajouter aux mélodies nous rappelant cette douce atmosphère de l’automne naissant. Distant sans jamais être froid, cet album assure la transition idéale entre le bruit et le silence, entre la fête et l’après fête, entre l’euphorie du moment et la solitude du lendemain. Nous emportant ailleurs Christian Löffler par A Forest représente ma deuxième raison d’être à la soirée. Reste enfin Pantha Du Prince, tête d’affiche, ses rythmes dark et minimalistes ne sont plus à présenter, cependant la curiosité de le voir, surtout après son projet avec « The Bell Laboratory », aura eu raison de mon aversion pour La Machine.

« Christian Löffler s’engouffre avec brio dans le monde qui danse ! »

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Voilà, maintenant que les présentations sont faites, que tout le monde se connaît, arrive Christian Löffler sur scène. Premier constat : il y a trop de monde ! Impossible de respirer sans étouffer, ou de bouger un bras sans mettre une claque à son voisin ! Le set en soit est assez inégal. Souvent décrit comme l’héritage de Pantha Du Prince, Christian Löffler nous livre une première moitié de set décevante à mes yeux. Reprenant A Forest dans une version live plus techno il dénature l’aspect terrestre de son morceau pour essayer d’en faire une machine à danser. Or A Forest n’est pas fait pour lever les bras et sauter partout, non c’est un lieu de recueillement qu’il ne faut pas profaner, en modifiant la structure de son morceau. Christian Löffler l’abaisse. D’un garde temps il devient un bon morceau à la « Berlinoise », c’est à dire minimaliste, bien dansant, mais sans Âme. La deuxième partie du set en revanche est bien plus enthousiasmante ! S’assumant enfin plus techno que deep, Christian Löffler s’engouffre avec brio dans le monde qui danse ! Jusqu’à ce moment magique en fin de set ou il nous ressert la montée en synthé de son dernier morceau –Mt Grâce issu l’album Young Alaska- d’une façon magistrale ! La faisant durer 10/15 minutes, cette montée venue tout droit d’un autre monde pouvait faire exploser la tête de n’importe qui. Par delà puissance brute exprimée par cette fin de mix, c’est le premier moment de grâce d’une soirée qui en comptera bien d’autres ! Son set au final est à couper en deux, entre une première partie que je trouve intéressante, mais pas au niveau de mes attentes, et une seconde partie de folie, Christian Löffler aurait mérité jouer plus longtemps (1h c’est court !) pour qu’on puisse rentrer dans son monde et non juste balayer quelques feuilles mortes tombés de l’arbre.

« Pantha Du prince arrive avec douceur à construire une bulle ou chaque spectateur est invité à prendre place. »

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Arrive enfin l’heure de Pantha Du Prince, la première chose qui marque avec lui c’est son set construit en direct non pas sur des platines mais sur des machines, le principal avantage de cette construction live du set est que l’artiste peut sentir le public et s’adapter selon l’espèce. Il en résulte que sa black techno, d’inspiration minimaliste s’infuse assez aisément dans les esprits, la construction du live est telle que Pantha Du prince arrive avec douceur à construire une bulle ou chaque spectateur est invité à prendre place. Je pense que chacun le vis différemment, mais cette musique au grain si particulier est un peu un compromis entre la chaleur de la mélodie et la puissance du minimalisme. Sans me bouleverser ce set m’aura transporté, loin, très loin de la machine ! Dans un pays montagneux, où se côtoient les vieilles vallées industrielles et la nature verdoyante ! Et même si cette partie relève de l’interprétation personnelle une chose est universelle, c’est la qualité du son de ce monsieur. On entend sa passion pour la musique, toute la musique, l’influence de la collaboration avec The Bell Laboratory est évidente, il y a un peu d’humain dans ses sons, comme si quitter les machines pour se confronter au réel lui aura permis de briser une barrière de la modernité musicale. Tout comme Jeff Mills (et ses projets avec les orchestres philarmoniques) quelques années plus tôt, Pantha Du Prince a trouvé une inspiration nouvelle au contact d’instruments anciens.

« Moomin, parfait pour accompagner en douceur la fin de soirée »

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Viens enfin le dernier moment de la soirée, celui de Moomin. D’une complexité infinie, Moomin n’est pas quelqu’un d’expressif, jamais de grands gestes, jamais d’étalage de talent, sur scène il se comporte tel un ascète qui passe plus de temps sous la table de mix à choisir ses vinyles qu’à battre des mains et faire le spectacle. Finir une soirée est aussi compliqué que de la commencer, la track list n’est pas libre, le DJ doit faire preuve de tact pour accompagner le public de façon intelligente vers la fin. En cela les deux heures laissés au jeune allemand n’auront pas été de trop, d’un début de set très deep house (il est allé jusqu’à passer sa propre track « You ») à une fin euphorique, dansante et joyeuse, le set de moomin fût parfait pour accompagner en douceur la fin de soirée. Preuve de sa maitrise, la dernière track jouée : Une petite bombe de Fleetowood Mac : Dreams (Gigamesh remix – Je remercie un ami qui se reconnaitra pour le nom du morceau !). Ce morceaux idéal pour fixer un sourire à n’importe quel être normalement constitué est assez représentatif de l’esprit de libération de la soirée, après ça, la descente du retour chez soit, ce moment ou l’on se sent comme une vraie merde n’existe presque plus, elle est réduite à l’état d’accessoire au principal que fût la soirée. Bref Moomin m’aura convaincu, l’intelligence de la sobriété à pris le pas sur l’exubérance moderne des DJ’s Rock Star, ce retour aux sources fait du bien, beaucoup de bien même.

Et si tu devais conclure ?

Cette soirée est une franche réussite, les sons deep house, tout comme ceux de la techno minimale sont toujours aléatoires, on peut vivre le moment de sa vie, ou prendre part à un enfer particulièrement chiant ou le DJ, incapable d’appréhender la complexité de ces musiques finit par se perdre dans une chienlit musicale sans nom. Car si la mélancolie et la rudesse de ces sons doivent être compris et appréhendés dans leurs complexité, il ne suffit pas d’avoir un rapport corporel avec cette musique pour la jouer, non il faut en plus entretenir un lien métaphysique, quasi mystique, avant d’espérer faire quoi que ce soit de positif avec les diverses machines déshumanisés servant d’usines à bruit.

VGE

 

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